Home » The Fairytale » Translations » La Rate Blanche (FR)

La Rate Blanche (FR)

by Henri Pourrat

La Rate Blanche: Title Page
Illustration by Chandra Brooks

Il y avait une fois un roi dans un pays à l’autre bout du monde. Et il était marié, mais il n’avait pas eu d’enfants. Faute d’enfants, sa femme et lui s’étaient pris d’amitié pour une rate blanche.  Cette rate blanche, ils en firent miracle ! Sur ses gentillesses, ses tours, ses gracieusetés, il fallait les entendre. Rien qui passât la rate blanche dans leur royaume et par tous les royaumes de la terre.  Si bien qu’un jour, ils allèrent trouver la reine des fées. C’était pour la supplier de changer la rate blanche en vraie personne.

La reine des fées devait leur avoir certaines obligations, – entre fées et rois, reines, on se rend quelques petits services; – elle s’y accorda.

D’ordinaire les fées changent les fils, les filles de roi en oiseau bleu, si ce n’est en bête pharamine. Là, ce fut à rebours, prodige encore plus relevé. Voilà la rate blanche en princesse, une princesse de si fine grâce ! Elle avait seulement les yeux un tout petit peu roses, le minois un tout petit peu pointu.

Au vrai, les bonnes gens du pays murmuraient. Ils disaient, non toutefois trop haut, car le roi avait des gendarmes, que chienne ne fait pas minette, que la garne, – c’est le bois de pins, – sent toujours le pin; et vingt autres dictons qui signifient qu’on tient de ses origines.

Le sang ne se perd pas.

Vint un jour où le roi pensa qu’il lui fallait faire comme tous les rois : marier sa fille dans les grandeurs.

” Te faut te marier, ma miette, ma mignonnette ! Dis-moi que tu le veux.
– je le veux bien, mon père. Mais qui me donnerez-vous pour mari ?
– Qui tu voudras, ma fille, qui tu voudras.
– Mon père, je veux le mari le plus puissant qui puisse être en ce monde. “

Voilà parler, cela.

Le roi y pensa trois jours. Au bout de trois jours, il se dit que l’être le plus puissant qui soit au monde, c’est le soleil. Le soleil chasse l’hiver la froidure et la nuit. Il fait pousser les herbes, les feuilles, les fruits, les grains dont les bêtes se sustentent; et tout ce qui vit tire sa vie de lui, en fin finale.

Le roi retourna parler à la princesse. Il lui dit qu’il allait demander pour elle le soleil en mariage.

La princesse fit la moue.

” Le soleil ? Mais ce n’est pas le plus puissant qui soit au monde!  Il suffit d’un nuage ! La nuée vient, le masque, l’éteint; plus de rayons ! Il n’y a plus que le brouillard qui passe et l’ombre qui s’étend.

“Je veux mieux que ce père soleil. “

Le roi se retira. Il y pensa trois jours. Puis il revint dire à sa fille qu’il allait donc demander pour elle le nuage en mariage, le nuage qui remplit l’espace et couvre les royaumes.

La princesse fit la moue.

” Le nuage ?!! Mais il suffit que le vent se lève. Le vent le pousse, le met en charpie, l’emporte et le réduit à rien, dans les distances au fond du ciel. Plus de nuage en un moment. Non, non, moi, je veux mieux que le père nuage ! “

Le roi se retira. Il y pensa trois jours. Puis il revint dire à sa fille que pour elle, en mariage, il allait demander le vent, le vent qui ne veut rien devant lui, et qui sait emporter la mer.

La princesse fit la moue.

” Le vent ?! On est bien vite hors de la puissance du vent : il suffit de passer à l’abri derrière une muraille, derrière une montagne. Même quand il plie les noisetiers et qu’il déracine les chênes, que peut-il bien contre le mont, sa masse de terre et de roches ? Non, non, moi, je veux mieux que ce vieux père vent ! “

Le roi se retira. Il y pensa trois jours. Puis il revint dire à sa fille que pour elle, en mariage, il allait demander le mont, le mont que la tempête assaille et que la foudre cogne sans jamais l’ébranler.

La princesse fit la moue.

” Le mont ?! Mais il y a plus puissant que le mont. Il y a celui qui le grignote, de sa dent plus vive qu’une aiguille, le ronge, y mène sa galerie, s’y loge comme dans un fromage, à son plaisir fait de lui son château. Il y a mieux que le soleil, que la nue, que le vent, il y a mieux que le mont. Il y a le rat tranche montagne, le ratou aux dents pointues, si beau, si brave, la merveille des merveilles, et plus puissant que tout ce qu’on pouvait imaginer en ce bas monde : enfin., cela dit tout, le rat ! “

Eh oui, tout était dit.

La princesse le voulait. C’était si bien voulu qu’il fallut que le roi, la reine allassent trouver la reine des fées. A deux genoux ils durent la supplier de rechanger la princesse en rate blanche.

La fée la fit par la vertu de sa baguett. Le mariage put se faire de la ratoune blanche avec un ratou pelé qui avait une queue d’un pied de long.

et le coq chanta
et le conte s’arrete la